Parole d’acteurs


Monday, 22 June 2015
Jean Bakouma, 3 années de présidence de FSC France : il fait le bilan

Au nom de toute l’équipe exécutive, Marie Vallée, Directrice exécutive de FSC France jusqu’en septembre 2013 et Aurélien Sautière, actuel Directeur exécutif, joignent leurs voix pour remercier Jean Bakouma qui vient de quitter ses fonction de Président lors de l’Assemblée générale de FSC France du 9 juin dernier.

« L'association FSC France s’est indéniablement développée sous la présidence de Jean qui a su être visionnaire tout en étant pragmatique et à l’écoute des demandes et des besoins des membres. Homme de dialogue et d’écoute, Jean a également su comprendre les enjeux des salariés de l’association pour rendre les actions plus efficientes et pertinentes. Nous remercions très sincèrement et très chaleureusement Jean pour son engagement quotidien et sa grande disponibilité ».


Jean Bakouma revient sur ces trois années d’expériences dans une interview en 3 questions.

1. Quel intérêt pour vous personnellement et en tant que responsable du pôle forêt du WWF France de vous engager auprès de l'association FSC France ?

A titre personnel, le FSC est l’outil par excellence qui permet de défendre les valeurs environnementales auxquelles je crois. Le FSC permet de préserver les forêts, tout en permettant à la forêt de fournir les produits ligneux et les autres services environnementaux à l’humanité.

Par principe, le FSC a été créé pour sortir du caractère irréaliste du boycott des bois tropicaux qu’appelaient de leurs voeux les ONG écologistes à la sortie de la conférence de Rio de 1992. Sa mission était donc de suppléer à la faible gouvernance des Etats en utilisant la force du marché à bon escient pour que l’action des consommateurs puisse changer les pratiques d’exploitation forestière en amont. Sa force réside dans sa recherche de performance en matière de gestion forestière et d’implication des communautés locales.

Le FSC est la seule manifestation de la responsabilité sociale des entreprises d’exploitation forestière dans les pays en développement, mais aussi, un moyen de reconnaissance de la chaine de valeurs qu’incarne la forêt. Sa crédibilité réside dans son mode de gouvernance et dans sa capacité à reconnaître ses propres limites d’où le recours à des tierces parties indépendantes. Le FSC est un système avant-gardiste qui avait lancé son système « Control Wood » longtemps avant le plan d’action européen FLEGT. Il a inspiré d’autres secteurs comme la pêche durable avec le système MSC, et s’est imposé comme le label de référence en termes d’exigences tout en répondant à l’efficacité d’utilisation de la ressource avec son label « FSC recyclé ».

Prenant appui sur la « renouvellabilité » de la ressource et sa « recyclabilité », le FSC se trouve alors en phase avec l’économie circulaire. Le WWF en tant que co-fondateur du FSC partage les valeurs du FSC et s’emploie à faire le lien entre la sphère de consommation et la sphère de production au travers son programme GFTN. Cependant le FSC n’est pas encore bien compris, ni par le grand public, ni par des experts de renom qui confondent le système FSC et les utilisateurs du système FSC, ce qui est vraiment dommage et constitue l’un des prochains défis à relever par le FSC.

2. Quel est le bilan de vos 3 années de présidence à l'association FSC France ?

Le bilan de ces trois années peut être structuré en trois rubriques en interaction dynamique.
D’abord sur le plan de l’organisation de la structure FSC elle-même, son management et sa santé économique et financière. Ensuite sur le plan des partenariats développés ou des ralliements constatés à la cause des forêts à travers le FSC, et enfin, les performances en termes d’activités menées par l’équipe exécutive conformément à la feuille de route fixée par le conseil d’administration et son président.

Sur le premier point, la gouvernance de la structure a gardé son efficacité en respectant les trois chambres et leur participation aux décisions de l’association. Les chambres environnementale et sociale ont augmenté leurs membres, la vérification du quorum et l’équilibre des chambres ont été maintenu. Sur le plan fonctionnel et des capacités, on peut relever une constance au niveau de la masse critique en personnel. Quelles que soient les variations en termes d’activité, cette masse critique en personnel s’est avérée être autour de quatre personnes. En deçà de cette masse critique, le FSC fonctionne en mode « dégradé » et cette situation à chaque fois qu’elle est apparue a été corrigée par un recrutement sur décision du CA et de son président. C’était le cas en septembre 2013 et en Avril 2014. Il y’a donc une leçon à tirer sur l’efficacité du fonctionnement de l’équipe exécutive. Le président relève également l’implication très salutaire de l’équipe exécutive dans ses missions, c’est à elle que revient avant tout les mérites des succès réalisés et le sens de cohésion dont elle a fait preuve face aux épreuves de toute nature qu’a affronté notre association. Du coup le management de la structure a été flexible grâce à la participation de chacun, le conseil d’administration et son président ayant poursuivi la politique de constitution d’une réserve en masse salariale d’au moins un an pour affronter les conjonctures difficiles qui pourraient se présenter à l’avenir. Les fonds propres de de l’association ont doublé sur cette période et le résultat de l’exercice a plus que décuplé sous l’effet combiné d’un accroissement de la part du « revenu sharing » du FSC international et d’une augmentation des cotisations. La maîtrise des dépenses a permis de garder un budget à l’équilibre tout en constituant des réserves.

Au niveau des partenariats, on peut saluer la collaboration avec l’ATIBT dans le projet ECOFORAF, le conseil régional Nord-Pas de calais pour développer la certification des forêts en France, et les autres partenaires privés qui se sont distingués comme Tetra-Pak et Maison du Monde, pour faire la promotion du FSC, sans oublier le WWF qui a joué le rôle d’ange gardien de l’association. Au-delà de ces partenaires il faut souligner le ralliement à FSC de nombreux autres partenaires comme en témoigne l’augmentation du nombre des membres qui est passé de 50 à 65 entre 2011 et 2013 avant de baisser à 56 à fin 2014, mais les perspectives à la hausse en 2015 sont bonnes. Justement cette baisse est probablement le résultat des écueils rencontrés avec les acteurs de l’impression qui se sont plains de la faiblesse des contrôles effectués par FSC.

Au niveau des performances force est de reconnaître l’accroissement de la notoriété de l’association avec des actions de communications variées. Par rapport au moyens alloués et à la taille de l’association on peut parler d’une communication efficiente et efficace. La réalisation des spots vidéo, l’organisation d’événement comme les trophées du design avec Maison du Monde, les sorties terrain avec Tétra Pak, les villages FSC, l’action à la cartonnerie et la dernière table ronde sur l’économie circulaire ont contribué à mettre FSC France dans le jeu des acteurs. L’ensemble est corroboré aujourd’hui avec l’esprit d’ouverture et de concertation impulsé par le nouveau directeur exécutif. Cette notoriété repose également sur des actions techniques notamment avec l’élaboration du référentiel de certification en France qui a fait l’objet de constitution des groupes de travail et de consultation publique, ainsi que le renforcement de l’action de contrôle sur l’usage de la marque FSC.

La plus grande avancée de FSC en France malgré sa petite taille et la connaissance encore limitée dans le grand public, c’est d’être reconnu comme étant le système de certification le plus exigent. Le président et son CA, par leur communication ont expliqué et chaque fois rappelé le besoin de cette exigence parce que le FSC est basé sur la performance atteinte en matière de responsabilité dans la gestion forestière, et non sur la simple mise en oeuvre des procédures qui vont conduire à la durabilité.

3. Comment voyez-vous évoluer le FSC en France dans les années à venir ?

Avec l’arrivée du référentiel FSC en France, on peut considérer que le FSC va réaliser son « aggiornamento » à la forêt française. En effet, la critique de l’inadaptation ne sera plus fondée face à un référentiel justement construit pour la forêt française. Il faut donc s’attendre à une augmentation des certifications de surface et des chaînes de contrôle. Le développement de la certification des forêts françaises va rentrer en synergie avec le développement des certifications autres forêts tropicales et des chaînes de contrôle qui vont être les meilleures garanties à la fois de la durabilité et de légalité. Aussi, le FSC a les moyens d’évoluer sur la problématique climatique, en ce sens, certifier une forêt FSC c’est la protéger contre la déforestation, c’est extraire le bois tout en continuant à bénéficier des autres services rendus par la forêt.


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