Parole d’acteurs


Tuesday, 31 May 2016
Blog Kim Carstensen / Le Canada peut ouvrir la voie de la gestion forestière responsable. Voici comment…

FSC Canada

Kim Carstensen, Directeur Général de FSC, explique la façon dont le Canada fait face à de nombreux et complexes défis en matière de gestion forestière et peut devenir un modèle à suivre.


En tant que Directeur Général, l’une de mes principales tâches est d’aider à faire évoluer les référentiels FSC afin qu’ils représentent au mieux les enjeux et débats actuels. Naturellement, ces problématiques sont très différentes selon les pays et les régions. Ainsi, au lieu de créer un ensemble de règles pour le monde entier, nous permettons à chaque pays de s’accorder sur la manière d’interpréter et d’utiliser le référentiel de gestion forestière au niveau national. C’est un processus qui fait inévitablement débat, mais qui est selon moi vital à la croissance de FSC.

C’est au Canada, pays que j’ai visité régulièrement ces derniers mois, que ce processus est le mieux mis en application. Rien qu’au Canada, se trouve un tiers des forêts certifiées FSC. Ce sont cependant les débats en cours dans le pays qui en font un cas très intéressant. Alors que de nombreuses sociétés forestières partagent les problèmes auxquelles elles sont confrontées, le Canada traite ces questions de manière unique. Le Canada montre l'exemple sur ce peut être la gestion forestière responsable à l’avenir.

Faire face aux enjeux locaux

L’année dernière, nous avons publié notre premier projet d’Indicateurs Génériques Internationaux, qui serviront de base aux divers pays pour développer leurs propres référentiels nationaux. Dès que nous les avons présentés au Canada, de très nombreux groupes nous ont fait part de leurs opinions.

Les groupes autochtones des forêts canadiennes réclament au FSC la garantie d’une voix forte pour leur peuple habitant dans ces forêts. Cela leur permettra d’accéder à diverses ressources et de vivre sur la terre de leurs ancêtres, tout en préservant et développant leur valeurs culturelles et spirituelles.

Parallèlement, les organisations environnementales demandent à ce que nos référentiels apportent une forte protection aux espèces menacées, dont notamment le caribou des bois au Canada.

Les sociétés forestières sont également présentent et souhaitent comprendre de quelle manière elles pourront récolter assez de bois pour préserver leurs entreprises et les emplois associés. Elles souhaitent également savoir comment elles vont pouvoir remplir les conditions requises par nos référentiels, surtout si les groupes autochtones ou les organisations environnementales imposent de nombreuses limites à l'exploitation des forêts.

Par ailleurs, le gouvernement canadien possède les forêts présentent dans le pays et n’accorde des terres que sous formes de concessions. Ainsi, pour débuter toute activité forestière, vous devez posséder un mandat du gouvernement.

Enfin, les Nations Unies ont adopté une déclaration concernant les droits des Peuples Autochtones, qui prévoit des conditions au “consentement libre, préalable et éclairé”. Ce concept vise à garantir un droit de parole aux Peuples Autochtones quant aux décisions prises pour les forêts dans lesquelles ils vivent, notamment lorsque des opérations forestières sont prévues. Cela appelle à un très grand débat.

Parvenir à une réponse collective

Quelles solutions le Canada apporte-t-il à ces problèmes ? Vous seriez tout pardonné de penser que des luttes pourraient apparaître entre les différents groupes de parties prenantes concernés. Cependant, au Canada, presque toutes les parties prenantes se rassemblent pour trouver des solutions constructives. Nous constatons également que les gouvernements prennent des initiatives créatives telles que le plan caribou qui a été récemment mis en place par le gouvernement de la province du Québec. C’est ainsi une base intéressante pour une discussion avec l’ensemble des parties prenantes dépendant de la forêt, que ce soit les syndicats, les ONGs, le gouvernement, les groupes autochtones ou les gestionnaires forestiers.

Au cours du processus, les préoccupations des différentes parties sont présentées sur un pied d’égalité. Nous avons reçu environ 500 pages de commentaires pour le premier projet de nouveau référentiel de Gestion Forestière FSC pour le Canada. En nous basant sur ces commentaires, nous allons maintenant mettre en place notre prochaine phase de consultation afin d’arriver à un accord sur le nouveau référentiel national canadien. Nous aurons davantage de discussions sur les intérêts des différentes parties, et nous organiserons des tests sur le terrain pour nous aider à comprendre chaque mesure proposée pour ce nouveau référentiel.

Bien entendu, cela représente un modèle de travail long et fastidieux pour l’obtention de référentiels nationaux. Mais à mon sens, c’est le moyen le plus direct pour atteindre un accord sur un référentiel ambitieux et innovant qui définira la gestion forestière canadienne du 21ème siècle. Les parties prenantes canadiennes peuvent atteindre cet objectif si elles expriment clairement ce qui est en jeu. Notre véritable mission est la préservation de forêts productives et en bonne santé au bénéfice des peuples du monde, et nous sommes ici pour rappeler cela à toutes les parties prenantes. En gardant cet objectif à l’esprit, les étapes pour atteindre celui-ci deviennent plus faciles à franchir.

En rassemblant tous les groupes les plus importants du Canada afin d’entamer des discussions difficiles et honnêtes, je suis sûr que nous arriverons à créer un référentiel national exploitable. Cela sera bien plus qu’une réalisation nationale, car ce que nous obtenons au Canada peut être une inspiration pour FSC à l’échelle mondiale. Notre devoir est d’utiliser la démocratie comme outil pour surmonter les questions difficiles, et le Canada peut être une leçon pour nous tous, nous montrant la voie vers la gestion forestière du futur.


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