Parole d’acteurs


Tuesday, 31 January 2017
Blog de Kim Carstensen - Objectif 2020 : pourquoi l’industrie forestière doit se battre pour l’égalité des genres ?

Une femme indonesienne au travail

Dans cette édition spéciale, Rulita Wijayaningdyah, Présidente du Conseil d’Administration de FSC International, nous décrit sa propre expérience en termes d’égalité des genres, d’inégalités et d’industrie forestière.


Vous serez peut-être surpris d’apprendre qu’officiellement, le secteur forestier mondial emploie formellement 13,7 millions de personnes. Ce nombre ne me surprend pas, mais m’inquiète plutôt, étant donné que ces données n’incluent pas à mon avis le grand nombre de femmes et d’hommes travaillant de manière “informelle” dans l’industrie forestière. Les femmes plus particulièrement se voient davantage offrir des emplois informels, qui ne sont ni règlementés ni sécurisés. Pourquoi ? Parce que l’inégalité des genres est encore répandue dans le milieu de l’industrie forestière et les fonctions actuelles des femmes sont très peu soutenues par la politique forestière actuelle.

Ayant pris contact pour la première fois avec l’industrie forestière indonésienne en 1997, j’ai constaté l’apparition à maintes reprises des thèmes transversaux du genre, de la santé et de la sécurité. Selon moi, il n’y a pas eu assez d’efforts effectués mondialement pour passer d’un dialogue sporadique sur le changement, à des stratégies d’égalité des genres qui peuvent changer les vies de travailleurs forestiers, qu’ils soient femmes ou hommes. J’espère que les quelques exemples positifs qui existent aideront à orienter l’industrie dans la bonne direction.

Quel est le problème actuel ?

Une femme au travailDans le monde, il existe de fausses idées largement répandues selon lesquelles le travail forestier est trop physique ou que l’environnement est trop dangereux pour que les femmes puissent y travailler. Selon moi, c’est un point de vue tout simplement archaïque.
Mais malgré le fait que ces idées soient désuètes, un écart subsiste malheureusement entre ce que les organisations des pays développés proposent en termes de politiques favorables aux femmes et à l’équilibre des genres, et la situation actuelle dans les pays en voie de développement.

Comment apporter une égalité des genres à la foresterie ?

Chef de projetEtre indonésienne et travailler dans la région signifie que j’ai une expérience directe de la foresterie du point de vue d’un pays en voie de développement. Ces pays peuvent apprendre beaucoup des pays développés lorsque les gouvernements ont pris des mesures positives pour offrir aux femmes qui travaillent la possibilité d’être éduquées, formées, et d’avoir une garde pour enfants.

Par exemple, la Suède et la Norvège ont été parmi les premiers pays à discuter des questions d’égalité des genres dans le secteur forestier, ce qui a conduit à l’élaboration de politiques locales reconnues. La Suède a en effet établi différents réseaux dans les années 1990 afin de renforcer l’influence des femmes dans l’industrie et ainsi ouvrir des voies de communications entre les travailleuses forestières. Bien sûr, l’objectif de ces réseaux est également de sensibiliser la population à une gestion forestière responsable.

Il est évident pour moi que la voie à suivre doit se focaliser sur l’accès généralisé à l’éducation, à une formation professionnelle, ainsi qu’à l’accès à l’emploi, dont notamment aux postes de gestion et de direction. Un manque d’accès ou de connaissance, combiné à la sous-représentation des femmes dans les postes de direction, signifie que les formations et les opportunités d’emplois sont soit invisibles soit tout simplement inaccessibles. Dans les zones rurales des pays en voie de développement en particulier, l’hypothèse dominante est que les travailleuses forestières ne sont peut-être pas en mesure d’accomplir les mêmes tâches (et de même qualité) que leurs homologues masculins.

Et tandis que l’élaboration de directives et de stratégies pour faire face aux questions d’emploi et d’égalité des genres ne résoudra pas le problème du jour au lendemain, cela permettra cependant de dissiper des mythes et des stéréotypes, tout en formalisant et en améliorant l’industrie forestière. Après tout, l’amélioration des conditions de travail des travailleurs forestiers (en particulier les plus vulnérables, tels que les contractuels, les migrants, les femmes et les jeunes) sera bénéfique à la productivité et la durabilité du secteur.

Quels sont les avantages d'avoir plus de femmes travaillant dans l'industrie ?

Femme au travail au CongoL’égalité des genres est également bonne pour les affaires. Tout comme les hommes, les femmes ont de nombreux traits de caractère et d’atouts à apporter (par exemple, il est prouvé que les femmes sont davantage enclines à faire preuve de diplomatie et d’empathie dans leur manière de communiquer). Cela peut apporter de l’efficacité, et d’autre part, le déclin récemment signalé du nombre de personnes travaillant dans le secteur pourrait s’inverser si des femmes pouvaient se former, et postuler à des postes non administratifs.

Selon moi, le nouveau document d’orientation de FSC sur la promotion de l’égalité des genres dans les référentiels nationaux de gestion forestière, constitue une avancée importante dans la bonne direction. Et ce, non pas parce qu’il est le premier document à aborder ce problème, mais parce qu’il est le plus spécifique. C’est une étape vers l’encouragement et le respect de l’égalité des genres dans la foresterie, qui offre des stratégies spécifiques afin que des groupes d’élaboration de normes, des syndicats, ainsi que des organisations puissent les adopter et les adapter.

En abordant mondialement les questions de genres dans la foresterie en 2016 (presque vingt ans après le début de ma carrière en Indonésie) j’espère que d’ici 2020, l’image de l’industrie forestière pourra considérablement s’améliorer. A ce moment-là, j’aimerais également être surprise : non pas par le nombre de travailleurs dans la foresterie, mais par les progrès que nous aurons accompli pour la mise en oeuvre des stratégies d’égalité des genres.

A propos de l’auteur, Rulita Wijayaningdyah :

Rulita WijayaningdyahWijayaningdyah, forestière de formation, travaille avec des syndicats de travailleurs forestiers depuis 1998. Dans ce rôle, elle a été témoin du déclin rapide des industries du bois en Indonésie et des licenciements massifs qui ont suivis en raison de l’exploitation forestière illégale et non durable. Forte de cette expérience, elle souhaite garantir l’inclusion des questions de certification forestière et de gestion durable des forêts dans son agenda syndical.

Vous trouverez ici plus d’informations au sujet de Rulita et de son rôle en tant que Présidente du Conseil d’Administration International de Forest Stewardship Council (FSC).


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