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Friday, 27 July 2018
Interview de Paul Lagoute, Directeur du site et de Marie-Cécile Ngoue, Responsable certification de l'entreprise camerounaise PALLISCO certifiée FSC

Pallisco - Cameroun (© Maya Bentz FSC France)© Maya Bentz FSC France

Le Directeur exécutif et la Responsable Communication de l'association FSC France se sont rendus en mars dernier au Cameroun sur le site de l'entreprise PALLISCO certifiée FSC dans le village de Mindourou, Région de l’Est.


Ce voyage était l'occasion pour FSC France de mieux comprendre les enjeux de la gestion responsable des forêts et de la certification FSC dans le Bassin du Congo. FSC France va mener cette année et dans les années à venir, des actions de communication et de sensibilisation sur le bois tropical certifié FSC et sera notamment présent au Carrefour du bois International.

PALLISCO a obtenu il y a quelques semaines le renouvellement de son certificat FSC FM/CoC. A cette occasion, nous avons interrogé le Directeur du site de PALLISCO, Paul Lagoute et Marie-Cécile Ngoue, Responsable certification sur les enjeux de l'entreprise et les bénéfices de la certification FSC.

Interview de Paul Lagoute

Pouvez-vous nous présenter l'entreprise PALLISCO, son historique et ses activités ?

Les sociétés PALLISCO et CIFM appartiennent au groupe Français PASQUET menuiseries. PALLISCO société de droit Camerounais dont les activités principales sont l’exploitation forestière et la vente des grumes, est implantée au Cameroun, dans le département du Haut-Nyong, Région de l’Est, depuis 1972. L´entreprise PALLISCO (SARL) a été créée pour répondre aux besoins d´un approvisionnement en grumes et sciages de qualité pour la fabrication des menuiseries PASQUET en France. Un site d´exploitation forestière et une scierie sont initialement installés à l´Est du Cameroun dans le village d´Eboumétoum situé à 240 kms de Yaoundé (Commune de Messamena, département du Haut-Nyong).

Après une orientation en 1985 vers la deuxième transformation avec l´implantation d´un atelier de séchage et de raboterie pour valoriser davantage certaines essences, un deuxième site d´exploitation plus proche de la ressource forestière est créé en 1996 à Mindourou avec la création d´une unité de transformation CIFM (Centre Industriel et Forestier de Mindourou). Le système d´octroi et d´exploitation forestière au Cameroun (Licences) est remplacé par celui des UFA (Unité Forestières d´Aménagement). La société PALLISCO exploite dès 1999 des UFA en propre et en partenariat (gestion et exploitation forestière confiées exclusivement à PALLISCO).

En janvier 2002, Pallisco est la première société à créer une cellule d´aménagement interne avec l´appui technique de l´association Belge « Nature+ » spécialisée en aménagement forestier et l´appui financier de l´AFD qui approuve le choix par PALLISCO de la société TWE (actuellement dénommée TEREA) pour effectuer un suivi périodique. Durant le mois de septembre 2005, la restructuration du site de transformation d´Eboumétoum s´achève avec la fermeture des activités et la fin du plan social : l´usine est vendue le 30/12/2005.

Le site de Mindourou regroupe désormais toutes les activités des sociétés PALLISCO et CIFM (exploitation et transformation du bois). PALLISCO emploie à temps plein 320 salariés pour ses activités d’aménagement, d’inventaires, d’exploitation forestière et ses services connexes (mécanique, transport, entretien routier, construction…). Elle travaille sur un massif de 388.949 ha (dont 341 708 ha FSC) et produit 100.000 m3 de grumes/an dont 70% sont vendues à CIFM pour le sciage et 30% vendues à l’export (dont 90% pour l’Asie).

CIFM emploie 160 salariés pour ses activités de transformation (scieries, séchoirs, raboterie) et produit 30.000 m3 de bois débités/an dont 80% des ventes sont réalisées sur le marché Européen.

Depuis quelle année Pallisco est-elle certifiée FSC ? Pourquoi avoir fait ce choix ?

Le processus de certification s’est fait en plusieurs étapes. Nous avons d’abord obtenu un certificat OLB (Origine et Légalité des Bois) le 6 juillet 2005 avec EUROCERTIFOR à l’époque (Bureau Veritas Certification) récompensant les efforts des sociétés en matière de respect de la législation et de son système interne de suivi de la provenance des bois (grumes PALLISCO et produits bois transformés CIFM). Cette première étape nous a permis de préparer l’entreprise (employés, chefs de service, direction) à l’esprit de la certification, en passant de plus en plus de la culture orale à la culture écrite, via des procédures notamment.


C’est également à cette période que nous avons pu mettre en place un système de traçabilité solide et efficace.Nous avons ensuite obtenu le label FSC (celui de gestion forestière et de chaîne de contrôle à PALLISCO et celui de chaîne de contrôle à CIFM) en octobre 2008, devenant ainsi les premières sociétés forestière au Cameroun à certifier 100 % respectivement des concessions (341 708 ha répartis sur 6 UFAs) et de l’unité de transformation. L’engagement vers la certification s’est fait dans le double objectif de répondre à un marché naissant en bois certifiés, surtout en Europe, mais également dans le but de rester parmi les leaders au Cameroun en ce qui concerne la gestion forestière, dans un contexte où le Cameroun était déjà pointé du doigt pour les quantités importantes de bois illégaux exploités et exportés.

Quels ont été les challenges et les bénéfices de la certification FSC depuis que vous avez obtenu votre premier certificat ?

C’est une démarche longue et coûteuse qui demande un investissement constant de la Direction de l’entreprise et des chefs de service, mais dont les bénéfices sont très intéressants en termes d’image et de structuration/développement de l’entreprise. Les avantages de la certification n’ont pas été ceux que nous attendions au départ. Sur le plan commercial, bien que nous ayant permis de continuer à vendre nos productions pendant la crise de 2008/2009 et d’acquérir de nouveaux marchés/clients nos prix de vente n’ont globalement pas augmenté de manière significative, par rapport au coût de la mise en place et du maintien de la certification. Un point également important est celui de l’image de marque de notre entreprise, aussi bien au Cameroun que sur les marchés européens et internationaux. Un autre apport de la certification et très intéressant a été le bénéfice que nous avons tiré du fait d’être mieux organisés et structurés à tous les niveaux de l’entreprise.

Interview de Marie-Cécile Ngoue

Vous venez d'obtenir le renouvellement du certificat FSC. Quels ont été les enjeux, les points d'amélioration pour ce renouvellement ?

La bonne collaboration avec les communautés vivant dans et autour de nos concessions qui comprennent mieux les défis de l’entreprise et les administrations pour lesquelles nous sommes des partenaires importants, sans oublier le personnel qui comprend mieux les enjeux et implémente les activités sans subir les changements mais les intègre progressivement et avec une simplicité remarquable.La structuration des services en responsabilisant un encadrement intermédiaire (adjoints de chefs de services, chefs d’équipe) qui est évalué chaque mois, la mise en place de l’audit interne qui contrôle de manière inopinée et périodique le bon respect de nos procédures, du respect de la légalité ou de nos engagements, nous a permis de maintenir un niveau élevé d’exigences. Il est à noter que les équipes d’audit nous poussent chaque année, à travers notamment des recommandations, à continuer notre progression. Le niveau d’exigences est aujourd’hui extrêmement élevé.


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