Un savoir-faire ancré dans le Berry depuis plus de 80 ans

Avant de s'appeler Laugère Traditions, l'atelier s'appelait l'usine Jacques Schmit. On y travaillait le bois de A à Z : tranchage, séchage, fabrication de mobilier. L'entreprise comptait jusqu'à une centaine de salariés et travaillait pour le secteur naval. Aujourd'hui, dix-neuf personnes se répartissent entre bureau d'études, atelier de production, atelier de finition et équipe commerciale. La spécialité : l'agencement haut de gamme. « On part du plan de nos clients, on l'adapte pour la fabrication dans nos ateliers, et on va jusqu'à la livraison de l'ouvrage sur chantier », résume Jordan Gonnin, technicien en bureau d’étude. Ce qui distingue l'entreprise sur son marché, c'est la maîtrise complète de la chaîne de fabrication : bois massif, essences fines, plaquage, et surtout finition réalisée en interne. « Il y a peu de sociétés qui ont encore ce niveau d'exigence sur les finitions, particulièrement sur le placage à façon », confirme Amélie Ritouet, chargée d'affaires.

Une entreprise discrète qui sort du bois

L'activité de Laugère Traditions se partage à parts égales entre la sous-traitance pour d'autres agenceurs et les projets conduits en autonomie complète. Une double position qui impose, côté sous-traitance, un devoir de discrétion quasi absolu. Les chantiers ne se nomment pas. Les clients non plus. Pour une entreprise installée dans ce qu'on appelle la « diagonale du vide », loin des grandes métropoles et de leur visibilité naturelle, la communication sur ses réalisations s’est toujours faite par le bouche à oreille.

C'est dans ce contexte que la certification FSC prend tout son sens pour Laugère Traditions. « C'est une opportunité de faire parler de nous par un autre biais », dit Amélie Ritouet.

Pour une structure habituée à travailler dans l’ombre, devenir la millième entreprise certifiée FSC en France est un signal fort : la preuve qu'elle est toujours là, pleinement engagée et résolument tournée vers l'avenir. 

La certification FSC : une demande venue du terrain

C'est un partenaire important, un agenceur certifié FSC dix fois plus grand qu'eux, qui a mis le sujet sur la table. Il cherchait des sous-traitants capables de répondre à ses propres exigences de traçabilité et de responsabilité environnementale. « Ils nous ont expliqué comment ça s'était passé pour eux, et ils nous ont recommandé de passer par un cabinet conseil », raconte Amélie Ritouet. C'est ainsi que commence la collaboration avec le cabinet Arcane, qui accompagne l'entreprise tout au long de la démarche de certification FSC.

Au-delà du déclencheur commercial, la certification FSC a produit quelque chose de bénéfique en interne : « Ça nous a obligés à clarifier nos process aussi bien côté achats que fabrication. C'est toujours un plus. » Elle a aussi ouvert une fenêtre sur une filière que Laugère Traditions, comme beaucoup d'acteurs de l'agencement, connaissait finalement peu : « Dans notre secteur, on a beau travailler le bois, c'est très segmenté. On s'approvisionne chez des distributeurs, sans connaître l'origine exacte des bois. Si on ne va pas chercher l'information, elle ne vient pas à nous. » Le processus de certification a changé ça : explications sur la gestion responsable des forêts, données sur la progression de la certification à l'échelle mondiale, prise de conscience concrète des enjeux. « Les chiffres qu'on nous avait présentés étaient plutôt encourageants. »

Se former et anticiper

Le marché de l'agencement certifié FSC reste encore en transition. Peu de concurrents sont certifiés, ce qui constitue pour Laugère Traditions un avantage, mais aussi un frein : « Il n'y a pas encore assez de concurrence certifiée pour que les donneurs d'ordre puissent vraiment l'activer dans leurs appels d'offres. » Si l'entreprise n'a pas encore reçu de demandes directement liées à sa certification FSC, elle a fait le choix d'anticiper : « Ce n'est pas une obligation aujourd'hui, mais on sera de plus en plus amenés à justifier les origines, les consommations, l'empreinte carbone de nos productions. Autant prendre le temps de le faire dès maintenant. »

Un message qu'Amélie Ritouet adresserait volontiers à d'autres petites entreprises qui hésitent encore : « Il ne faut pas en avoir peur. On a l'impression que c'est réservé aux grandes sociétés avec un poste RSE dédié. Ce n'est pas le cas. Une fois que le process est mis en place, ça se déroule assez facilement. »

Les prochaines étapes

La prochaine étape pour Laugère Traditions, c'est la formalisation d'une politique RSE d'entreprise et la création d'un comité dédié, dans lequel la certification FSC s'inscrit pleinement. Et peut-être, un jour, une visite de la forêt de Tronçais, qui borde littéralement l'atelier. « Nous sommes juste à côté, et nous n’avons jamais rien organisé dans cette forêt. » Un paradoxe qui dit beaucoup sur la déconnexion entre le monde de l'agencement et la ressource forestière qui l'alimente. La certification FSC, pour Laugère Traditions, c'est aussi le début de ce cheminement.

Laugère Traditions, Charenton-du-Cher (18) - www.laugere-traditions.fr