Direction la Haute-Marne, sur le plateau d’Auberive, où les communes forestières se sont regroupées depuis plus de cinquante ans pour gérer collectivement leurs forêts au sein du Syndicat intercommunal de gestion forestière de la région d’Auberive (SIGFRA). 

Un modèle de coopération territoriale qui montre comment la forêt peut être à la fois un patrimoine écologique majeur et un levier de développement local. 
 

Une gestion forestière collective depuis plus de 50 ans 

Créé en 1974, le SIGFRA est le premier syndicat intercommunal de gestion forestière en France. Il rassemble aujourd’hui 27 communes rurales autour d’un objectif commun : gérer durablement leurs forêts communales.  

Au total, ce sont plus de 8 000 hectares de forêts qui sont administrés collectivement. La moitié de ces surfaces se situe aujourd’hui dans le cœur du Parc national de forêts, premier Parc national français dédié aux forêts de plaine. 

Pour les communes, cette organisation collective permet de mutualiser les moyens et les décisions : « L’intérêt du syndicat est de mutualiser les recettes issues des coupes de bois et les dépenses liées aux travaux forestiers », explique Laurine Ollivier, Responsable de l’unité territoriale d’Auberive à l’Office national des forêts. « Cela permet aux communes d’assurer une gestion durable tout en maintenant un revenu forestier. »  

Cette gestion repose sur le travail d’une équipe d’une douzaine de techniciens forestiers chargés d’accompagner les élus dans leurs décisions : organisation des coupes, suivi des peuplements, travaux sylvicoles et préservation des milieux naturels. 

HVC

Un territoire forestier d’une grande richesse écologique 

Les forêts du plateau d’Auberive présentent une singularité géographique : elles se développent sur des plateaux calcaires aux sols peu profonds, entaillés par de nombreuses vallées et petits cours d’eau. 

Cette configuration crée une grande diversité d’habitats naturels.  Dans une même parcelle, on peut observer jusqu’à douze ou quatorze essences d’arbres différentes : hêtres, chênes, charmes, érables ou encore alisiers. 

Ces forêts abritent également des milieux rares et emblématiques, comme les marais tufeux, formations calcaires riches en biodiversité. 

La faune et la flore y sont particulièrement remarquables. Parmi les espèces emblématiques du territoire figurent notamment la cigogne noire, mais aussi des plantes rares comme le sabot de Vénus, la plus grande orchidée sauvage de France. Cette richesse écologique a d’ailleurs contribué à la création du Parc national de forêts en 2019. 

Cigogne noire JJ Bouteaux

Une évolution portée par les habitants 

Dans les années 1990, les habitants et les élus du territoire ont joué un rôle déterminant dans l’évolution des pratiques forestières. Face à certaines coupes importantes qui modifiaient fortement le paysage, ils ont demandé à repenser les méthodes de gestion. 

Cette réflexion collective a conduit à adopter un mode de gestion appelé sylviculture mélangée à couvert continu. Contrairement au système dit régulier, cette approche permet de maintenir en permanence un couvert forestier. Les arbres sont sélectionnés individuellement, ce qui permet de préserver la diversité des essences et la structure naturelle de la forêt. « Ce mode de gestion répond à plusieurs objectifs : préserver le paysage, maintenir la biodiversité et favoriser des forêts plus résilientes », explique Laurine. 

La certification FSC, un cadre pour le dialogue  

Dans ce contexte, la certification FSC joue un rôle particulier sur le territoire. Elle ne transforme pas nécessairement les pratiques déjà en place par le SIGFRA, mais elle « a permis d’instaurer un cadre de discussion plus formel avec les acteurs du territoire », comme l’explique Laurine, notamment entre gestionnaires forestiers, élus, associations environnementales ou encore habitants. 

Elle a notamment conduit à mettre en place des outils comme une procédure de réclamation, permettant aux citoyens d’exprimer leurs questions ou préoccupations concernant la gestion forestière.  
  

La forêt, moteur discret mais essentiel de l’économie locale 

Même dans un territoire très rural, avec seulement quatre habitants au kilomètre carré, la forêt joue un rôle économique important. Elle génère des emplois directs dans la gestion forestière, mais aussi dans l’ensemble de la filière bois : exploitation, transport, transformation ou encore production d’énergie. 

Plusieurs entreprises forestières sont implantées localement, ainsi qu’une scierie et une unité de production de charbon de bois qui valorise les bois de moindre qualité. 

La création du Parc national a également favorisé l’émergence de nouvelles activités liées au tourisme nature.  « La forêt structure une grande partie de l’activité économique locale, même si cela reste parfois peu visible », souligne Laurine. 
 

Concilier économie forestière et biodiversité 

La certification FSC facilite également la mise en place de certains projets environnementaux, notamment avec le projet certifié Services écosystémiques Biodiversité, mis en place par le SIGFRA en 2021. Cette procédure permet de valoriser les pratiques de gestion responsable grâce au soutien de partenaires financiers. Le territoire a également bénéficié de financements dans le cadre du fonds Nature Impact du WWF, pour développer d'autres initiatives en faveur de la biodiversité, comme la création d’îlots de vieillissement et d’îlots de libre évolution. 

Au-delà des enjeux économiques, les communes du SIGFRA ont fait le choix d’aller plus loin en matière de préservation de la biodiversité. Le syndicat a ainsi décidé de placer 6 % de la surface forestière en libre évolution, sans intervention humaine. Cette démarche s’accompagne d’une obligation réelle environnementale signée pour 99 ans par 26 communes, un engagement inédit à cette échelle.  

L’objectif est de démontrer qu’une gestion forestière permettant la production de bois peut coexister avec un haut niveau d’exigence écologique. « Nous voulons montrer qu’il est possible d'être productif tout en préservant des forêts riches en biodiversité », résume Laurine. 

Le SIGFRA incarne ainsi une approche collective de la forêt, où dialogue, adaptation et responsabilité vont de pair. Une manière concrète de rappeler que les forêts ne façonnent pas seulement les paysages : elles façonnent aussi l’avenir des territoires et ont un rôle environnemental, social et économique. 

Journée Internationale des Forêts 2026