Une coopérative née d'un territoire
En 1973, neuf propriétaires forestiers privés du Limousin décident de mettre leurs forces en commun. Cinquante ans plus tard, la CFBL réunit 15 000 adhérents sur trois grandes régions : Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté. Elle continue d'incarner cette conviction fondatrice : la forêt est une richesse qui peut contribuer à l’essor des territoires et à leur dynamisme économique.
Catherin de Rivoire, Directeur de la stratégie pour les propriétaires forestiers adhérents au sein de la CFBL depuis cinq ans, en mesure chaque jour l'ampleur concrète. Dans certaines communes où la coopérative est implantée, 20 % des enfants scolarisés sont enfants de salariés de la CFBL ou de ses sous-traitants. Des collègues siègent dans des conseils municipaux. « On est, de par notre métier, ancrés dans nos territoires », résume-t-il simplement.
La certification FSC : un cadre pour un dialogue déjà en cours
En 2017, à l'initiative de son Conseil d'administration, la CFBL s'engage dans la certification FSC, ouvrant la voie à une démarche alors innovante pour les forestiers privés. Aujourd’hui, 168 propriétaires privés sont engagés dans cette démarche FSC : « La certification FSC est accessible à tous, même aux propriétaires de petites surfaces » rappelle Catherin de Rivoire. L’idée derrière cette approche : structurer et amplifier ce qui existait déjà. « FSC donne un cadre et un nouvel élan à nos contacts avec les territoires ». Avant certaines coupes, la coopérative sollicite désormais les Parcs naturels régionaux pour vérifier s'ils disposent d'informations spécifiques sur les parcelles concernées. Des conventions ont été signées avec le Parc naturel régional de Millevaches, puis celui du Morvan. Des discussions sont en cours avec d'autres parcs, notamment en Auvergne.
Ce dialogue formalisé avec les parties prenantes, que Catherin de Rivoire préfère appeler simplement « les voisins », a également fait évoluer des réflexes de gestion forgés au fil des décennies. Il se souvient d’un martelage en futaie feuillue, dans une forêt certifiée, où il s’apprêtait à désigner un gros arbre pour l’abattage, afin de faire de la place. Vingt ans plus tôt, ce geste aurait été automatique. Cette fois : il décide de le laisser sur pied - l’arbre est toujours debout aujourd’hui. « Il avait toute sa place. Il ne gênait personne. Dans quinze ans, il va accueillir plein de choses [en termes de biodiversité], sans rien enlever à la production forestière. »

De nouveaux débouchés pour des bois sans marché
Au-delà du dialogue territorial, la certification FSC a ouvert des débouchés commerciaux que la coopérative ne pouvait pas atteindre seule. En Bourgogne notamment, où le tissu industriel local est insuffisant pour certaines catégories de bois, la gestion en futaie irrégulière (désormais appelée “sylviculture mélangée à couvert continu”) permet aux semis de se développer mais aussi d’obtenir des sous-produits qu’il devient possible de valoriser. Sans certification FSC, commercialiser ces petits bois, comme les « têtes de chêne », était impossible. « Ils restaient sur place, gênant parfois d'autres interventions. Grâce à FSC, on a pu commercialiser ces produits. Pour les adhérents de la coopérative, ça a fait une vraie différence », explique Catherin de Rivoire.
La certification joue ici un double rôle : elle crédibilise la démarche de gestion auprès des acheteurs, et elle ouvre l'accès à des filières et des marchés qui exigent une traçabilité que la seule bonne volonté ne suffit pas à garantir.

La difficulté du dernier maillon : le consommateur final
Reste un chantier entier : faire remonter la valeur de la certification jusqu'au bout de la chaîne. « Aujourd'hui, les industriels français qui demandent du bois FSC sont principalement dans le papier et le panneau. La construction bois, la substitution de matériaux, le bois d'œuvre certifié : les signaux existent, mais restent encore timides. Notre directeur commercial prend tous les jours son bâton de pèlerin pour essayer d'aller convaincre. » Catherin de Rivoire le dit sans détour : tant que le consommateur final n'est pas disposé à payer pour la qualité de gestion, une partie de la valeur créée reste invisible.
Ce qui anime pourtant la coopérative (et ce qui a présidé à sa création il y a cinquante ans), ne se mesure pas seulement en prix du bois : « Ce qui nous tient à cœur, c'est que cette richesse multiple de la forêt reste sur les territoires. Si on enlève la forêt à ces territoires ruraux, ils perdent leur attractivité touristique, leur économie, leur identité. Gérer la forêt durablement pour que les générations futures puissent en bénéficier, ça nous paraît une évidence. »
Une évidence que Catherin de Rivoire assortit d'une dernière conviction, peut-être la plus importante : face à des enjeux aussi complexes que ceux de la forêt, l'humilité reste la première des compétences. Des pratiques qui s'affinent, des erreurs qui apprennent, et « une forêt qui, si on l'écoute, sait généralement ce dont elle a besoin ».
