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À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Karolina Tymorek revient sur un parcours atypique, construit entre engagement environnemental et dialogue avec les acteurs forestiers, dans un secteur encore largement dominé par les hommes. 

Karolina Tymorek

Un engagement qui prend racine dans l'enfance

Difficile d'expliquer sa vocation sans remonter à ses parents. Ni l'un ni l'autre n'exerçait un métier lié à la nature, mais ils lui ont transmis, dès l'enfance, un profond respect pour l'environnement. « C'était dans leur cœur », dit-elle simplement. Élevée à Varsovie, elle passait chaque vacance à la campagne, en contact direct avec la nature. 

C'est forte de ces convictions, qu’à la fin des années 1990, elle choisit d'étudier la protection de l'environnement à l'université, une filière alors toute nouvelle. 

« Mes amis me demandaient : tu vas étudier quoi ? La protection de l'environnement ? Tout le monde était surpris. » 

Aujourd'hui, ce choix paraît évident. À l'époque, la Pologne n'était pas encore membre de l'Union européenne, et les réglementations européennes comme Natura 2000 n'existaient pas. Mais la nature, elle, était bien là. 

Apprendre à dialoguer : le WWF comme terrain de formation 

Après ses études, elle intègre le WWF Pologne, où elle travaillera pendant onze ans. Une expérience fondatrice, riche d'une grande diversité de sujets : convention CITES sur le commerce illégal d'espèces sauvages, pêche durable, protection de la mer Baltique, campagnes de sensibilisation... « C'était vraiment varié, en lien direct avec mes centres d'intérêt et ma formation. » 

Ce qui lui restera surtout de cette période, c'est l'apprentissage du dialogue avec des interlocuteurs très différents : pêcheurs, scientifiques, douaniers, policiers et d’autres ONG et médias. « Je pense que c'est ce qui m'a été le plus utile pour mon travail à FSC », reconnaît-elle. C'est d'ailleurs lors d'un projet forestier mené dans le cadre du WWF qu'elle découvre FSC et que commence une nouvelle aventure. 

FSC Pologne : neuf ans au cœur du dialogue forestier 

Depuis 2017, Karolina est Directrice de FSC Pologne, à la tête d'une équipe de quatre personnes. 

Je suis responsable de nos orientations stratégiques : promouvoir la certification de gestion forestière, renforcer l'intégrité des chaînes d'approvisionnement FSC, et surtout assurer l'engagement des parties prenantes. 

Ce dernier point est au cœur de sa mission au quotidien. Ses interlocuteurs sont nombreux et variés : ministères, gestionnaires forestiers, Lasy Państwowe (les forêts d'État), ONG, industrie du bois, sous-traitants forestiers. « Les parties prenantes ne sont pas toujours ouvertes ou enthousiastes à l'idée de discuter avec FSC. Certaines ont une perception très différente de ce que nous sommes ou de ce que nous faisons. » Face à cette diversité de points de vue, les compétences relationnelles s'avèrent aussi importantes que les connaissances techniques. « Garder son calme, rester patiente... c'est quelque chose que j'ai appris, et que j'apprécie vraiment. » 

Elle parle aussi avec beaucoup de chaleur de son équipe. « C'est un vrai travail d'équipe. Nous sommes quatre, mais nous fonctionnons vraiment ensemble, et j'en suis très satisfaite. » 

La Pologne forestière : un acteur majeur face à de nouveaux défis 

La Pologne occupe une place particulière dans le paysage forestier européen. Les forêts y couvrent environ 30 % du territoire national, soit plus de 9 millions d'hectares, et appartiennent en grande majorité à l'État. « Elles appartiennent à toute la société, à toute la nation », rappelle Karolina. 

Le pays est aussi l'un des pionniers mondiaux de la certification FSC : les premières forêts polonaises ont été certifiées en 1996, soit seulement deux ans après la création de FSC ! Cette année marque donc le 30ème anniversaire de la certification FSC en Pologne : une fierté pour toute l'équipe. 

Ces trois décennies ont vu des avancées concrètes : meilleure protection de la biodiversité, des cours d'eau, réduction des pesticides, et surtout une amélioration notable des conditions de santé et de sécurité des travailleurs forestiers. 

C'est quelque chose que les auditeurs soulignent régulièrement : les pratiques se sont améliorées, même si elles ne sont pas encore parfaites.

Aujourd'hui, plus de 60 % des forêts polonaises sont certifiées FSC, représentant 5,7 millions d'hectares. Mais ce chiffre cache une période récente particulièrement éprouvante. 

Traverser la crise : quand les forêts quittent la certification 

Entre 2022 et 2024, les forêts certifiées FSC en Pologne sont passées de 6,7 à 1,7 million d'hectares (soit une chute de plus des deux tiers) après que les forêts d'État polonaises ont décidé de suspendre leur certification dans plusieurs régions. « Ce fut une période difficile, je ne vais pas prétendre le contraire. » 

Face à cette situation, la priorité de Karolina et de son équipe a été de maintenir le dialogue, coûte que coûte. « FSC est un système volontaire. Nous ne pouvons forcer personne. Mais nous voulions vraiment comprendre ce qui se passait et trouver des solutions. » FSC International s'est également mobilisé, et en 2024, un accord a été conclu avec les nouvelles autorités des forêts d'État polonaises : un plan de retour progressif à la certification est désormais en cours. 

Dans ce contexte, et avec l'entrée en vigueur d'un nouveau standard FSC pour la Pologne fin 2024, l'équipe a organisé des formations intensives à destination des forestiers : au total, plus de 1 400 professionnels ont été formés aux nouvelles exigences FSC en un an. 

C'est essentiel pour l'avenir : expliquer ce qu'est FSC, comment cela fonctionne, et ne pas esquiver les questions difficiles.

Être femme dans un secteur d'hommes 

Le secteur forestier polonais reste très largement masculin. Aux échelons les plus élevés (direction générale des forêts d'État, directions régionales, industrie du bois), les femmes sont quasi absentes. Karolina est souvent la seule femme dans la salle lors des réunions avec les forestiers ou les représentants de l'industrie. « Je m'y suis habituée. Je ne le remarque même plus vraiment. » 

Pour autant, elle dit n'avoir jamais eu le sentiment d'être traitée différemment à cause de son genre. Une conviction qu'elle tient peut-être aussi de ses années au WWF, où elle travaillait déjà dans des environnements très masculins. « Ce qui compte, c'est ce que j'ai à dire. Est-ce que je prends la parole ? Est-ce que je suis préparée ? Moins le fait d'être une femme ou un homme. » 

Elle se souvient néanmoins d'un épisode marquant, lors d'un salon de l'industrie du bois. Un visiteur était venu poser des questions sur FSC, des questions qui relevaient directement de son périmètre. « Il m'a complètement ignorée. Il regardait mon collègue, lui parlait uniquement à lui, comme si je n'étais pas là. » Une expérience isolée, ancienne, mais qui a laissé une trace. « C'est le seul cas de discrimination dont je me souvienne. Heureusement, cela est resté rare. » 

Sur la question de la sous-représentation des femmes dans le secteur, elle note une évolution positive, notamment dans les universités forestières où de plus en plus d'étudiantes s'inscrivent. « Le changement prend du temps, mais il est bien là. Et pour les jeunes générations, le fait d'être homme ou femme ne semble plus vraiment avoir d'importance dans les réunions ou les évolutions de carrière. » Elle souligne également que chez FSC, l'équilibre est différent : sa manager, la Directrice de FSC Europe, et au-dessus encore la Directrice du réseau FSC jusqu’à la Directrice de FSC International, toutes sont des femmes. 

Ce qu'elle aurait aimé savoir plus tôt 

Sa grande leçon de parcours ? Une vérité qui semble simple, mais qui demande des années pour être vraiment intégrée. « Je n'ai pas d'impact sur tout. Et si je n'ai aucun impact sur quelque chose, je ne dois pas m'en inquiéter. Je dois me concentrer sur ce que je peux réellement influencer. » Il lui a fallu quelques années pour l'accepter pleinement. « Ça paraît évident dit comme ça. Mes enfants me diraient sûrement "bien sûr, maman". Mais le ressentir vraiment, au fond de soi, c'est une autre histoire. » 

Conseils aux futures professionnelles 

Pour celles et ceux qui souhaitent s'engager dans le secteur de la durabilité ou de la gestion forestière, Karolina livre quelques convictions forgées par l'expérience : 

  1. Soyez claire sur vos motivations. Travailler pour la durabilité, c'est vouloir changer le monde, protéger la biodiversité, préserver l'environnement. Encore faut-il en être vraiment convaincue. « Clarifiez d'abord pourquoi vous voulez faire ce travail. »
  2. Soyez audacieuse. Son premier poste au WWF, elle l'a décroché en osant aborder un représentant de l'organisation sur un stand lors d'un événement. « Je me suis simplement approchée et j'ai dit : Bonjour, je m'appelle Karolina, j'ai travaillé sur ce sujet dans mon mémoire... » Un court contrat de trois mois en est ressorti. Tout a commencé là.
  3. N'ayez pas peur de ne pas tout savoir. Quand elle a rejoint FSC, Karolina n'était pas forestière et doutait. « Puis j'ai réalisé : je n'ai pas à être forestière. J'ai besoin d'avoir un forestier dans mon équipe (et j'en ai même deux !). La plupart des choses s'apprennent sur le terrain. »
  4. Soyez patiente. « La patience, c'est quelque chose que j'ai vraiment appris chez FSC. Ne pas abandonner facilement. » 

À travers un parcours construit sur la curiosité, le dialogue et la persévérance, Karolina incarne une approche du leadership fondée sur l'écoute et l'engagement. Neuf ans après avoir rejoint FSC Pologne, elle continue de défendre, avec la même énergie, la place de la certification dans la transformation durable du secteur forestier polonais. 

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Ce portrait s'inscrit dans une série de trois interviews réalisées par FSC France à l'occasion de la Journée internationale des femmes, mettant en lumière les parcours et les engagements de femmes du réseau FSC à travers le monde. Les articles complets sont disponibles sur notre site internet. 

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From Wildlife Protection to Polish Forests: A Meeting with Karolina Tymorek, Director of FSC Poland

"It's not about being a woman or a man that matters — it's what you have to say." 

Portrait of Karolina Tymorek, Country Manager of FSC Poland. 

On the occasion of International Women's Day, she looks back on an atypical career path, built between environmental engagement and dialogue with forestry stakeholders, in a sector still largely dominated by men. 

 

Karolina Tymorek

A Commitment Rooted in Childhood

It is hard to explain her vocation without going back to her parents. Neither of them worked in a nature-related field, yet they passed on to her, from an early age, a deep respect for the environment. "It was in their hearts," she says simply. Raised in Warsaw, she spent every holiday in the countryside, in direct contact with nature. 

It is with these convictions that, in the late 1990s, she chose to study environmental protection at university, a brand new discipline at the time.

 "My friends would ask: you're going to study what? Environmental protection? Everyone was surprised.

Today, this choice seems obvious. Back then, Poland was not yet a member of the European Union, and European regulations such as Natura 2000 did not exist. But nature was very much present. 

Learning to Dialogue: WWF as a Training Ground 

After graduating, she joined WWF Poland, where she would work for eleven years. A formative experience, rich in a wide variety of subjects: the CITES convention on illegal trade in wild fauna and flora, sustainable fisheries, Baltic Sea protection, awareness campaigns... "It was really varied, directly aligned with my interests and my background.

What she would take away most from this period was learning how to engage with very different interlocutors: fishermen, scientists, customs officers, police, and other NGOs and media. "I think that is what proved most useful for my work at FSC", she acknowledges. It was indeed during a forestry project carried out within the WWF that she first encountered FSC, and a new adventure began. $

FSC Poland: Nine Years at the Heart of Forest Dialogue 

Since 2017, Karolina has been Country Manager of FSC Poland, leading a team of four. 

"I am responsible for our strategic goals: promoting forest management certification, strengthening the integrity of FSC supply chains, and above all, ensuring stakeholder engagement." 

This last point is at the core of her day-to-day work. Her interlocutors are numerous and varied: ministries, forest managers, Lasy Państwowe (the State Forests), NGOs, the timber industry, forest contractors. "Stakeholders are not always open or enthusiastic about engaging with FSC. Some have a very different perception of who we are and what we do." Faced with this diversity of viewpoints, interpersonal skills prove just as important as technical knowledge. "Staying calm, remaining patient... that is something I have learned, and that I genuinely appreciate.

She also speaks warmly about her team. "It is real teamwork. There are four of us, but we truly function as one, and I am very satisfied with that.

Polish Forestry: A Major Player Facing New Challenges 

Poland holds a distinctive place in the European forestry landscape. Forests cover approximately 30% of the national territory, amounting to more than 9 million hectares, and belong largely to the State. "They belong to the whole of society, to the whole nation", Karolina reminds us. 

The country is also one of the world's pioneers in FSC certification: the first Polish forests were certified in 1996, just two years after FSC was created. This year therefore marks the 30th anniversary of FSC certification in Poland: a source of pride for the entire team. 

These three decades have seen tangible progress: better protection of biodiversity and waterways, reduced pesticide use, and above all a notable improvement in the health and safety conditions of forest workers. 

"It is something auditors regularly highlight: practices have improved, even if they are not yet perfect.

Today, more than 60% of Polish forests are FSC-certified, representing 5.7 million hectares. But this figure conceals a particularly challenging recent period. 

Navigating the Crisis: When Forests Leave Certification 

Between 2022 and 2024, FSC-certified forests in Poland fell from 6.7 to 1.7 million hectares (a drop of more than two thirds), after the Polish State Forests decided to suspend their certification in several regions. "It was a difficult period, I won't pretend otherwise." 

Faced with this situation, Karolina and her team's priority was to keep the dialogue open, no matter what. "FSC is a voluntary system. We cannot force anyone. But we really wanted to understand what was happening and find solutions." FSC International also became heavily involved, and in 2024, an agreement was reached with the new authorities of the Polish State Forests: a roadmap for the gradual return to certification is now underway. 

In this context, and with the entry into force of a new FSC standard for Poland at the end of 2024, the team organised intensive training sessions for foresters: in total, more than 1,400 professionals were trained on the new FSC requirements in a single year. 

"It is essential for the future: explaining what FSC is, how it works, and not shying away from difficult questions." 

Being a Woman in a Man's World 

The Polish forestry sector remains overwhelmingly male. At the highest levels (the general directorate of State Forests, regional directorates, the timber industry) women are virtually absent. Karolina is often the only woman in the room during meetings with foresters or industry representatives. "I have got used to it. I barely notice it anymore." 

Yet she says she has never felt treated differently because of her gender. A conviction she may also carry from her years at WWF, where she already worked in strongly male-dominated environments. "What matters is what I have to say. Am I speaking up? Am I prepared? Less so whether I am a woman or a man." 

She does recall one striking episode, at a timber industry trade fair. A visitor had come to ask questions about FSC, questions that fell squarely within her remit. "He completely ignored me. He looked at my colleague, spoke only to him, as if I wasn't there." An isolated, long-ago experience, but one that left a mark. "It is the only case of discrimination I can remember. Fortunately, it has remained rare." 

On the question of women's under-representation in the sector, she notes a positive shift, particularly in forestry universities where increasing numbers of female students are enrolling. "Change takes time, but it is happening. And for younger generations, being a man or a woman no longer seems to matter much in meetings or career progression." She also points out that within FSC, the balance is different: her manager, the Director of FSC Europe, and beyond her the Director of the FSC network, all the way up to the Director of FSC International, are all women.  

What She Wishes She Had Known Earlier 

Her great career lesson? A truth that seems simple, but takes years to truly internalise. "I don't have an impact on everything. And if I have no impact on something, I shouldn't worry about it. I should focus on what I can actually influence." It took her several years to fully accept this. "It sounds obvious when you say it like that. My children would probably say 'of course, Mum'. But to really feel it, deep down, that's another matter entirely." 

Advice for Future Professionals 

For those wishing to pursue a career in sustainability or forest management, Karolina shares a few convictions shaped by experience: 

  1. Be clear about your motivations. Working in sustainability means wanting to change the world, protect biodiversity, preserve the environment. But you need to be truly convinced of it. "First, clarify why you want to do this work." 

  2. Be bold. She landed her first job at WWF by daring to approach a representative of the organisation at an event stand. "I simply walked up and said: Hello, my name is Karolina, I worked on this topic in my thesis..." A short three-month contract came out of it. Everything started there. 

  3. Don't be afraid of not knowing everything. When she joined FSC, Karolina was not a forester and had doubts about it. "Then I realised: I don't have to be a forester. I need to have a forester in my team... and I have two! Most things can be learned on the job.

  4. Be patient. "Patience is something I have truly learned at FSC. Don't give up easily." 

Through a career built on curiosity, dialogue and perseverance, Karolina embodies an approach to leadership grounded in listening and commitment. Nine years after joining FSC Poland, she continues to champion, with the same energy, the role of certification in the sustainable transformation of the Polish forestry sector. 

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This portrait is part of a series of three interviews conducted by FSC France for International Women's Day, highlighting the journeys and commitments of women from the FSC network around the world. The full articles can be found on our website.